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Nice vue par un écrivain français en 1841

Alexandre Dumas (1802-1870) donne ses Impressions de Voyage lors d’une étape à Nice alors qu’il se rendait en Italie.

« Aussi rien de plus charmant que Nice par une belle soirée d’automne, quand sa mer, à peine ridée par le vent qui vient Barcelone ou de Palma, murmure doucement, et quand ses lucioles, comme des étoiles filantes, semblent pleuvoir du ciel, il y a alors à Nice une promenade qu’on appelle la Terrasse et qui n’a peut-être pas sa pareille au monde, où se presse une population de femmes pâles et frêles qui n’auraient pas la force de vivre ailleurs, et qui viennent chaque hiver mourir à Nice ; c’est que l’aristocratie de Paris, de Londres et de Vienne, a de mieux et de plus souffrant. En échange, les hommes en général s’y portent à merveille, et ils semblent être venus là, conduits par un sublime dévouement, pour céder une part de leur force et de leur santé à toutes ces belles mourantes, que lorgnent en passant de charmants petits abbés, si coquets et si galants, que l’on comprend à la première vue qu’ils ont des absolutions toutes prêtes pour elles, quelques pêchés qu’elle aient commis.
Car à Nice commencent les abbés ; non pas de gros vilain abbés comme à Naples ou à Florence, mais de jolis petits abbés, comme on en rencontre au Monte Pincio à Rome, ou sur la promenade de la marine à Messine ; de vrais abbés de ruelle, comme il y en avait au lever de madame de Pompadour, et au petit coucher de mademoiselle Lange ; de délicieux abbés, enfin, nourris de bonbons et de confitures, à la chevelure propre et parfumée, à la jambe rondelette, au chapeau coquettement incliné sur l’oreille, et au petit pied mignardement chaussé d’un soulier verni à boucle d’or.
Je vous demande un peu si tout cela donne à Nice l’air d’une Minerve armée de pied en cap, et si son épithète de fidelis doit se prendre au pied de la lettre.

Il y a deux villes à Nice, la vieille ville et la ville neuve, l’antica Nizza et la Nice new  : la Nice italienne et la Nice anglaise. La Nice italienne, adossée à ses collines avec ses maisons sculptées ou peintes, ses madones au coin des rues et sa population, au costume pittoresque, qui parle, comme dit Dante, la langue – del bel paese là dove il si suona. – La Nice anglaise, ou le faubourg de marbre avec ses rues tirées au cordeau, ses maisons blanchies à la chaux, aux fenêtres et aux portes régulièrement percées, et sa population à ombrelles, à voiles et à brodequins verts, qui dit:Yes. Car, pour les habitants de Nice, tout voyageur est Anglais. Chaque étranger, sans distinction de cheveux, de barbe, d’habits, d’âge et de sexe, arrive d’une ville fantastique perdue au milieu des brouillards, où quelque fois par tradition on entend parler du soleil, où l’on ne connaît les oranges et les ananas que de nom, où il n’y a de fruits mûrs que les pommes cuites, et que par conséquent on appelle London. Pendant que j’étais à l’hôtel d’York, une chaise de poste arriva. Un instant après l’aubergiste entra dans ma chambre. Qu’est-ce que vos nouveaux venus ? lui demandai-je . Sono certi Inglese, me répondit-il, ma non saprai dire si sono Francesi o Tedeschi. Ce qui veut dire : — Ce sont de certains Anglais, mais je ne saurais dire s’ils sont Français ou Allemands. l est inutile d’ajouter que tout le monde paie en conséquence de ce que chacun est appelé milord. »

Catégories :Documents pédagogiques
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